Dominique Simonnot a quitté, il y a quelques jours, ses fonctions de contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ( CGLPL) qu’elle occupait depuis 2020.
Elle a accordé à La Croix L’Hebdo un long entretien où elle revient sur son enfance, sa carrière de journaliste, ses combats et ses engagements. Elle dresse un constat accablant de la situation des détenus dans les prisons françaises : « Ce que j’ai vu derrière les barreaux est innommable. Des hommes, des femmes entassés à trois, à quatre en cellule qui doivent en plus cohabiter avec les rats, punaises, cafards… Et quand vous demandez au directeur de l’établissement, ce qu’on peut faire pour dératiser, il vous dit qu’il faudrait vider le bâtiment… et que c’est impossible. Les détenus sortent de prison (car tous sortent un jour, à de rares exceptions) avec, pour certains d’entre eux, un ressentiment total à l’égard de l’État et du reste de la société. »
Elle s’est rendue en Allemagne, « un pays qui compte 20 millions d’habitants de plus que nous et 20 000 détenus de moins! Et les sortants de prison récidivent moins que chez nous. (…) En Allemagne, quand la prison arrive à 90 % d’occupation, plus personne n’entre tant que quelqu’un n’est pas sorti. Pourquoi ne pourrait-on pas y arriver nous aussi? »
J’avais consacré à la prison il y a un an et demi un kaléidoscope dont le titre est plus actuel que jamais: « Punir plutôt que réparer, la dérive carcérale. » ( voir sur ce blogue K319 )
Il reprenait un autre entretien donné à Libération par Dominique Simonnot qui posait la question essentielle du rôle et du sens des prisons:
« Qu’en attendons-nous , collectivement ? Qu’elles punissent , et qu’elles mettent à l’écart un temps, bien sûr, mais ensuite ? S’il s’agit d’une vengeance de la société, c’est très réussi, car la peine s’apparente pour l’heure, à un châtiment corporel et l’enfermement en maison d’arrêt se résume à un temps mort et violent ; si, en revanche, il s’agit de rendre les détenus meilleurs en les préparant à sortir, comme le veut la loi, l’échec est patent, cruel. »
C’est à la demande de Dominique Simonnot que l’auteur de BD Mathieu Sapin, coutumier des reportages insolites, a passé un an avec elle et son équipe:
EN LIBERTÉ
Douze mois d’immersion en prison(s)
avec la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ( Dargaud éditeur)
nous embarque à la suite de la contrôleuse dans des maisons d’arrêt, des centrales, des hôpitaux psychiatriques, des commissariats de police et des centres de rétention administrative ( CRA) comme celui de Geispolsheim près de Strasbourg: c’est ici qu’attendent des personnes qui sont sous le coup d’une OQTF ( obligation de quitter le territoire français ) . Dans ce camp d’internement sordide certaines des personnes qui s’y trouvent vivent en France depuis plusieurs années.
Comme à son habitude, Mathieu Sapin s’y met en scène avec beaucoup d’autodérision et pas mal d’humilité. Mais on le sent sincèrement choqué à la vision des conditions de détention : les huit planches consacrées à la prison de Fresnes, construite en 1898 et où s’entassent 2181 détenus sont terribles: vétuste, infestée de rats, de punaises et autres vermines, surpeuplée… elle est en manque de surveillants à tel point que, récemment, un jeune détenu a fait une crise d’épilepsie dans sa cellule en pleine nuit. Son codétenu a crié et tapé à la porte de 1h à 3h du matin pour appeler les secours, mais personne n’est venu. Au matin, ils l’ont retrouvé mort.
Dans son rapport sur la prison de Fresnes en date du 2 juillet 2026 Dominique Simonnot écrit : « Aucune nouvelle incarcération ne doit intervenir au sein de l’établissement. »
À la fin de l’ouvrage Mathieu Sapin rappelle quelques chiffres: il existe près de 5000 lieux de privation de liberté en France. Au 1er juin il y avait 88 829 détenus pour 63 237 places. En psychiatrie il y a 76 000 patients en soins sans consentement.
Il présente aussi quelques livres qui l’ont accompagné lors de l’élaboration de l’album. Il y a évidemment le livre fondamental « Surveiller et punir » de Michel Foucault qui aurait eu 100 ans ce 15 octobre.
Un QRcode nous permet d’avoir accès au podcast du CGLPL ( également accessible sur le site) . Le CGLPL s’est doté d’un micro lors de ses contrôles : Les Enfermé-es, un podcast (Huit épisodes de 20 à 30 minutes) pour faire entendre les réalités de la privation de liberté, du premier jour d’enfermement jusqu’à celui de leur sortie.
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