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KALÉIDOSCOPES !

Fragments culturels paraissant chaque samedi matin

Kaléidoscope 372: Iraniennes 155 poétesses de notre temps.

 

 La poésie a toujours été très présente dans mes kaléidoscopes, depuis maintenant plus de huit ans, et j’ai le sentiment que, dans notre époque d’incertitude, d’inquiétude et même de désespoir, elle a ses mots à dire, à proclamer.

   Dans certains pays elle a toujours eu droit de cité et j’avais été frappé en Irlande de voir à quel point elle était vivante et célébrée. 

   En Russie, en Palestine, en particulier, les poètes sont honorés et chacun connaît par cœur des poèmes de Mahmoud Darwich ou d’ Alexandre Pouchkine.

   Mais c’est peut-être aujourd’hui en Iran que la poésie  est la plus vivante au monde : la poésie persane est née au Xe siècle, de l’union de la poésie en moyen-iranien et de celle de la tradition arabo-musulmane. Omar Khayyâm et Rûmî sont toujours lus, récités et chantés mais c’est aujourd’hui le chœur puissant des poétesses iraniennes qui retentit, et l’anthologie établie et traduite par Farideh Rava aux éditions Bruno Doucey Iraniennes 155 poétesses de notre temps en témoigne avec vigueur.

   Farideh Rava explique que si ces femmes ont choisi d’écrire de la poésie c’est qu’elle « est le premier mode d’expression en Iran, depuis la nuit des temps. Dès qu’on se téléphone, on glisse tous dans la conversation le distique d’un poète. Lorsqu’on s’écrit, lettre, mail ou même par les réseaux sociaux, toujours un poème s’invite sous notre plume. C’est d’autant plus présent que nous avons subi des décennies d’oppression de tous ordres.(…) en Iran, tout le monde décode et comprend ce qui se cache derrière un poème. On sait lire entre les lignes. »

   Dans sa belle préface Rima Abdul-Malak ( qui fut une ministre de la culture moins « oubliable » que d’autres ! ) dit que « ce recueil est bien plus qu’une anthologie. C’est une armée littéraire qui pulvérise toutes les oppressions, toutes les interdictions, mais aussi toutes les simplifications. Une traversée de plusieurs décennies d’histoire, marquées par les guerres, les révoltes, les promesses trahies et les élans de renouveau. »

   Tous les poèmes de l’anthologie ont trouvé un éditeur qui a réussi à les publier en Iran au cours de la période qui va de 1979, date de la révolution islamique au début de 2026.

   Ce fut difficile de vous donner un petit aperçu de ce puissant souffle de liberté ou d’espérance :

Absent 

Il est difficile 

De dormir chaque soir 

Avec le nid d’un oiseau 

Dont l’arbre a été brisé 

Par une tempête venue dont ne sait où 

*

Excusez-moi Monsieur 

Excusez-moi Monsieur

Un morceau de ciel s’il vous plaît

De ce côté là, un peu plus haut

À droite, près du sifflement

Juste un tout petit peu

Aussi grand qu’un ver luisant

Avez-vous une gomme

Pour effacer sur ma fenêtre ce point noir

Qui ne cesse d’effrayer les moineaux

Chahine Mansouri Arani 

(née en 1960)

*

 Je me mets debout

Je tourne la tête

Je me mets debout

Je tourne la tête

Je me mets debout

Et à chaque fois un oiseau blessé

Sort de ma gorge

Son chant ne me console pas

Je m’assieds près de ce courant

Et je jette une pierre

Sur mon image qui se reflète dans l’eau

Je souris

À la femme qui est lapidée

À chaque coucher de soleil

Azam Akbari

(née en 1983)

*

Un fil passe par un petit trou

Un fil regarde le monde par un petit trou

Un fil est coupé

Et un cerf-volant tire son enfance vers le ciel

Des fils pleuvent des nuages

Et le fil qui ne dort pas

Se détache d’une robe violette

La femme prend le bout du fil et le tire

Le poème s’ouvre

De la feuille arrachée

Un poème éclot 

*

J’écris

Il se casse

Je le taille

Il se casse

Quelque chose s’agite dans le crayon

Ce poème ne veut pas être écrit

Niloufar Abha 

(née en 1994)

*

   La passionnée et généreuse Farideh Rava qui a établi et traduit cette anthologie viendra la présenter ce vendredi 16 octobre à 19h30 à la librairie Lucioles ( en partenariat avec Lettres sur cour) en compagnie de Roja Chamankar dont un beau court poème termine en beauté ce kaléidoscope qui s’est exceptionnellement évadé de la routine du samedi matin !

J’enlève

Le scorpion du ciel

Les plumes d’oiseaux de ma gorge

La fenêtre de la chambre

Les chiffres du cadran de l’horloge

Tu t’éloignes de moi

Tu deviens un poème en moi. 

 ( Vous pouvez retrouver mon 257ème kaléidoscope: Femme Vie Liberté. Le combat des Iraniennes sur ce blogue )


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