Le mardi 28 avril était la journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail qui vise à sensibiliser les employeurs et les salariés aux risques professionnels, afin de prévenir les accidents, les maladies et les décès liés au travail.
La France est l’un des pays d’Europe qui compte le plus d’accidents liés au travail. L’assurance-maladie a dénombré 764 décès parmi les salariés du secteur privé en 2024. Et les agriculteurs, les agents de la fonction publique, les travailleurs indépendants -comme les livreurs à vélo dont 6 sur 10 déclaraient récemment avoir subi au moins un accident- ne sont pas comptabilisés.
Comment se résoudre à accepter que chaque jour plus de deux personnes meurent d’un accident au travail ?
Comme cet intérimaire de 22 ans, tombé dans un laminoir à pâtes le 17 avril, dans une usine Lustucru de Saint Genis Laval.
Comme Calvin Simon mort à 15 ans pendant un stage, il y a quelques jours dans le Gard.
La presse parle trop peu de ces chiffres scandaleux et il faut remercier le quotidien Libération qui a consacré – ce même 28 avril- près de quatre pages à la mort au travail et esquisse quelques pistes d’amélioration.
La prévention semble une nécessité absolue, et il est vraiment regrettable que les effectifs de l’inspection du travail aient fondu ces dernières années sous l’effet des coupes budgétaires. Comme le rappellent Margo Magny et Samuel Ravier-Regnat dans Libération, « de 2015 à 2025, le nombre d’agents de contrôle est tombé de 2188 à 1893, soit une chute de plus de 13 %, alors qu’ils doivent couvrir près de 20 millions de salariés du secteur privé. » Il faudrait tout simplement doubler les effectifs.
L’ex-ministre du travail Astrid Panosyan-Bouvet va proposer une loi qui rendrait obligatoire « une formation en matière de santé et sécurité pour tout employeur avant la première embauche, ainsi que pour les maîtres de stage et d’apprentissage. » Il faut renforcer le contrôle des entreprises qui accueillent des stagiaires et supprimer le décret pris en 2015, qui a permis aux employeurs de déroger sur simple déclaration à certaines règles, concernant les tâches confiées aux moins de 18 ans, sans accord préalable de l’inspection du travail. Comme le rappelle Libération « l’eurodéputée LFI appelle à exclure des marchés publics les entreprises condamnées pour non-respect des règles de sécurité, une sanction qui existe dans la loi, mais qui n’est jamais prononcée dans ce type d’affaire. »
« Les accidents du travail sont directement liés à des choix d’organisation du travail » rappelle la sociologue Véronique D’aubas-Letourneux. « L’intensification du travail engendre des prises de risque obligées, avec des situations de sous-effectifs ou des consignes de sécurité impossibles à appliquer compte-tenu de la pression sur les délais. »
La sous-traitance en cascade est un facteur d’aggravation, car plus personne ne surveille les règles de sécurité. En limitant les échelons à trois, l’Espagne a fait chuter le taux d’accident dans le secteur de la construction.
Pour terminer, ayons une pensée pour les 6500 travailleurs migrants morts au travail , dans des conditions climatiques extrêmes, sur les chantiers de la coupe du monde au Qatar en 2022.
Le documentaire Welcome to Europe projeté à l’Amphi à l’initiative du groupe Attac Vienne Pays Rhodanien a été vu ce jeudi 30 avril par plus de 100 personnes en présence d’un des deux réalisateurs Cyril Montana. Le documentaire remonte aux racines du rejet des migrants en partant d’une histoire intime : celle du grand-père du réalisateur, républicain espagnol interné dans un camp en France. Même européens et culturellement proches, ces exilés n’étaient pas mieux accueillis que ceux d’aujourd’hui. Cyril Montana entreprend un voyage à travers l’Europe, en sens inverse du parcours des migrants, pour confronter lieux communs et réalité.
Le film insiste sur le fait que la répression coûte plus cher que l’accueil et alimente les mafias et les réseaux d’esclavage. Il est nourri de témoignages bouleversants et montre le rôle essentiel des citoyens européens qui luttent pour davantage de fraternité.
Le débat qui a suivi le film a été très intéressant et Cyril Montana a souligné la nécessité de faire connaître la réalité des parcours migratoires aux collégiens, lycéens et étudiants. Il a pris contact avec des enseignants pour revenir présenter « Welcome to Europe », un documentaire nécessaire qui sera à nouveau reprogrammé à l’amphi ce lundi 11 mai à 20h.
Mon Kaléidoscope fête cette semaine ses huit ans d’existence… que vous pouvez lire en intégralité sur ce blogue .
Interro écrite la semaine prochaine !
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