Le 25 mars l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a décidé de nous alerter sur les dégâts provoqués par le cadmium, un métal toxique que nous ingérons, jour après jour en mangeant des produits céréaliers: »céréales du petit-déjeuner, pains, viennoiseries, pâtes, riz et blé ; ainsi que les pommes de terre et certains légumes», précise l’Anses.
Elle a confirmé dans une vaste étude qu’une «part significative» de la population française était imprégnée à des niveaux «préoccupants» au cadmium, qui attaque les reins et fragilise les os, reconnu comme «cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction». Le tout à cause de notre alimentation, considérée «de loin»,comme «la source majeure d’exposition», à hauteur de 98%.
Le cadmium est surtout contenu dans les engrais phosphatés, ces fertilisants contenant du phosphore sont utilisés par les agriculteurs pour augmenter les rendements. Épandu dans les champs le cadmium est absorbé par les végétaux et finit dans notre assiette. Confirmation de l’adage bien connu qui considère que « l’on creuse sa tombe avec ses dents. »
La France est le premier consommateur d’Europe avec 3,3 millions de tonnes d’engrais phosphatés épandus chaque année. Ces phosphates proviennent du Maroc et le magazine en ligne Vert dont je vous ai souvent parlé ( K352, 209 et 192 à retrouver sur ce blogue ) nous révèle que la France a financé l’office chérifien des phosphates à hauteur de 350 millions d’euros pour aider ce géant de la production d’engrais à conquérir l’Afrique … et à contaminer les terres africaines au cadmium.
Cela fait 30 ans qu’on sait que le cadmium est cancérogène. En France le taux de cadmium relevé dans le sang est en moyenne deux à trois fois plus élevé que dans les pays voisins.
L’ancien ( et néanmoins récent) ministre de la santé Yannick Neuder vient de monter au créneau pour essayer de limiter les dégâts « d’abord, le ministère de l’Agriculture doit diminuer la teneur maximale des phosphates riches en cadmium, présents dans les engrais. Quelques pays européens, comme la Pologne, la Roumanie et la Finlande, ont déjà abaissé les seuils à 20 microgrammes par kilo, alors qu’en France, on est toujours à 90 microgrammes par kilo. »
Mais me direz-vous, on ne voit pas de rapport entre cette dénonciation du cadmium et le titre quelque peu trivial de ce kaléidoscope.
J’y arrive, j’y arrive !
Certains agriculteurs préfèrent se passer d’engrais phosphatés comme nous le révèle encore « Vert » à qui j’ai emprunté le titre si poétique de cette chronique. C’est le cas de Simon Ronceray, qui, à Châtillon dans les Hauts-de- Seine cultive 70 espèces de fruits et légumes sur les 60 hectares de sa ferme sans aucun engrais de synthèse: « Cet agriculteur et ingénieur agronome du Loiret a fait le choix d’utiliser l’urine en guise de fertilisant, et limite la teneur de ses sols en cadmium. » C’est ainsi que chaque samedi des Châtillonnais se baladent, bidon d’urine à la main pour alimenter une cuve de 300 litres mise à disposition par la commune qui soutient la démarche de l’agriculteur. En même temps, ils récupèrent leur panier de fruits et légumes de son Amap ( association pour le maintien d’une agriculture paysanne).
Auprès de Vert, l’ingénieur des ponts, des eaux et des forêts Fabien Esculier abonde : «L’urine humaine, comparée aux engrais de synthèse, est 30 à 50 fois moins concentrée en azote et en phosphore. Mais cela suffit amplement pour fertiliser les sols. Nos études montrent qu’il serait possible de nourrir la France, l’Europe, et même le monde entier sans utiliser ces engrais de synthèse nocifs pour l’environnement.» Le 1er avril est paru son premier ouvrage sur le sujet, Une autre histoire des excréments, aux éditions Actes Sud.
En France les collectes d’urine sont encore balbutiantes mais certaines collectivités telles qu’Angers, Bordeaux, ou encore Paris ont fait des premiers tests de toilettes dites «fertiles», mais «on n’a pas de soutien national suffisamment clair pour généraliser ces filières à l’ensemble du territoire», regrette Fabien Esculier.
Prochain kaléidoscope le samedi 2 mai.
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