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KALÉIDOSCOPES !

Fragments culturels paraissant chaque samedi matin

Kaléidoscope 351: Rediffusion de K86:Graeme Allwright.

                   

    Graeme Allwright. Ce nom ne dira peut-être rien à mes kaléidoscopeurs de moins de 30 ans… Et pourtant… si je leur dis: Jolie bouteille – Emmène-moi – Petit garçon – Ça je ne l’ai jamais vu, pour ne prendre que quelques titres de ses chansons, je suis certain qu’une petite musique se met en place, qu’une voix chaleureuse, des mots simples et une bonne pincée d’humour tintinnabulent à leurs oreilles.

   Il y a six ans Graeme Allwright, né en Nouvelle-Zélande en 1926, nous quittait: il aurait eu 100 ans et c’est l’occasion de le faire revivre encore un instant et de constater que le message de ses chansons n’a rien perdu de sa force. Les derniers mots de sa chanson Le jour de clarté dont les paroles concluent ce kaléidoscope ont encore aujourd’hui une véritable résonance:

 Dans ce monde divisé,

Il faut des révoltés
Qui n’auront pas peur de crier
Pour que les affamés
Et tous les opprimés
Entendent tous l’appel,
Le cri de la liberté.
Toutes les chaînes brisées

Tomberont pour l’éternité. 

   Graeme Allwright commence à chanter dans les églises et à jouer de la guitare mais le théâtre est sa véritable passion. C’est en jouant Shakespeare à Londres qu’il rencontre Catherine Dasté, petite fille de Jacques Copeau et fille de Jean Dasté, le fondateur de la comédie de Saint-Étienne. Son mariage avec Catherine Dasté est évoqué avec humour dans l’une de ses premières chansons « il faut que je m’en aille » (buvons encore une dernière fois…les retrouvailles)

 » Je rigolais dans mon plastron

   Quand le maire essayait d’prononcer mon nom. »

   Il se produit dans les années 60 à Paris dans des cabarets « sept soirs sur sept pour des clopinettes ». Colette Magny le présente à Mouloudji qui produit son premier disque.

Guitare, banjo, harmonica et contrebasse, la couleur musicale folk coule de source. Le succès arrive rapidement avec ses adaptations de Leonard Cohen ( Suzanne, l’étranger, demain sera bien…) Bob Dylan ( Qui a tué Davy Moore? Une de mes chansons préférées de Graeme Allwright qui la présente ainsi sur la pochette du disque : « nous avons cherché dans l’accompagnement à recréer l’atmosphère du ring : la lumière crue, la chaleur, l’excitation. Le banjo utilisé d’une manière peu traditionnelle employant des accords dissonants, aide à évoquer la cruauté, la dureté d’un match de boxe. »)

   Mais Graeme Allwright n’est pas à l’aise avec le succès, il refuse les concessions, les règles du show biz, il préfère mener sa carrière en marge des médias, jouer dans les « p’tits patelins ». Il fait de sa chanson un art de vivre, une philosophie où les valeurs de partage, la dénonciation moqueuse du conformisme, de la société de consommation et des injustices, la non violence et la défense des sans grade sont des règles intangibles. Choqué par les paroles belliqueuses de La Marseillaise, il en propose une nouvelle version avec des paroles d’amour et de paix qu’il fait entonner à son public au début de ses concerts.

   On n’en finirait pas d’énumérer les titres de ses chansons : La ligne Holworth, Jusqu’àla ceinture, So long Marianne, petites boîtes … La belle voix chaude de Graeme résonnera encore longtemps à nos oreilles.

Petites boîtes Little boxes de Malvina Reynolds.)

Petites belles très étroites

Petites boîtes faites en ticky-tacky

Petites boîtes, petites boîtes

Petites boîtes toutes pareilles

Y a des rouges, des violettes

Et des vertes très coquettes

Elles sont toutes faites en ticky-tacky

Elles sont toutes toutes pareilles

Et ces gens-là dans leurs boîtes

Vont tous à l’université

On les met tous dans des boîtes

Petites boîtes toutes pareilles

Y a des médecins, des dentistes

Des hommes d’affaires et des avocats

Ils sont tous tous faits de ticky-tacky

Ils sont tous tous tous pareils

Et ils boivent sec des martinis

Jouent au golf toute l’après-midi

Puis ils font des jolis enfants

Qui vont tous tous à l’école

Ces enfants partent en vacances

Puis s’en vont à l’université

On les met tous dans des boîtes

Et ils sortent tous pareils

Les garçons font du commerce

Et deviennent pères de famille

Ils bâtissent des nouvelles boîtes

Petites boîtes toutes pareilles

Puis ils règlent toutes leurs affaires

Et s’en vont dans des cimetières

Dans des boîtes faites en ticky-tacky

Qui sont toutes toutes pareilles.

Le jour de clarté 

On peut chanter tous les poèmes des sages,
On peut parler de l’humilité
Mais il faut s’unir pour abolir
Injustice et pauvreté.
Les hommes sont tous pareils,
Ils ont tous le même soleil.
Il faut, mes frères, préparer
Le jour de clarté,
Quand tous les affamés
Et tous les opprimés
Entendront tous l’appel,
Le cri de liberté,
Toutes les chaînes brisées
Tomberont pour l’éternité.

On peut discuter sur les droits de l’homme,
On peut parler de fraternité
Mais que les hommes
Soient jaunes ou blancs ou noirs,
Ils ont la même destinée.
Laissez vos préjugés,
Rejetez vos vieilles idées,
Apprenez seulement l’amitié
Pour que les affamés
Et tous les opprimés
Entendent tous l’appel,
Le cri de la liberté.
Toutes les chaînes brisées
Tomberont pour l’éternité.

On ne veut plus parler de toutes vos guerres
Et on ne veut plus parler
De vos champs d’honneur
Et on ne veut plus rester les bras croisés
Comme de pauvres spectateurs.
Dans ce monde divisé,
Il faut des révoltés
Qui n’auront pas peur de crier
Pour que les affamés
Et tous les opprimés
Entendent tous l’appel,
Le cri de la liberté.
Toutes les chaînes brisées
Tomberont pour l’éternité.


Commentaires

Une réponse à “Kaléidoscope 351: Rediffusion de K86:Graeme Allwright.”

  1. Avatar de Eugenio Giuliani
    Eugenio Giuliani

    Graeme Allwright est associé à des souvenirs encore bien présents dans mon esprit et mon coeur surtout. Ces souvenirs sont emmitouflés, bien au chaud, au fond d’un car où l’écho de chacune de ses chansons parvient encore à mes oreilles. Les voix étaient celles d’adolescent joyeux et plein d’énergie. C’était une époque où l’on traversait la France pour se rendre à des compétitions sportives. Le voyage était long et très souvent un moment festif s’organisait au fond de l’autocar. Les guitares sortaient de leur étui et déjà une jolie bouteille était débouchée sur deux ou trois accords faciles à plaquer sur le manche. Je me souviens de la chaleur de sa voix, de ses textes à la fois simples et profonds, de la délicatesse d’un « Petit garçon » dont les cloches tintinnabulent, d’un sourire facétieux, d’un accent charmeur. Bref, c’est tout un pan de mon passé qui revient à l’évocation de cet artiste courageux, humain et surtout libre.

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