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KALÉIDOSCOPES !

Fragments culturels paraissant chaque samedi matin

  Kaléidoscope 370: Au bois de Vincennes.

             

 J’ai participé, il y a quelques jours, au festival America de Vincennes, créé en 2002 par Francis Geffard, le fondateur de la librairie Millepages. Au fil des années, j’ai eu la chance d’y rencontrer beaucoup d’écrivains que j’admire comme Louise Erdrich, Russell Banks, Colson Whitehead, Richard Ford, Luis Sepulveda… et cette année Colum McCann et Ron Rash… et surtout d’y découvrir de nouveaux auteurs.

   À chaque fois j’en ai profité pour marcher de bon matin dans le bois de Vincennes, qui s’étend sur près de 1000 ha, c’est le plus grand espace vert parisien (par comparaison Central Park à New York n’occupe que 341 ha).

   À chaque fois je découvre de nouveaux espaces et de nouveaux sentiers. Cette année j’ai eu la chance d’y admirer le ballet bruyant des perruches à collier au plumage d’un vert éclatant et au bec rouge vif.

   À chaque fois, j’admire le hêtre pleureur du square Carnot. Planté en 1865, il occupe une surface de près de 300 m². Un tulipier de Virginie, son aîné de deux ans, s’élance en majesté à plus de 30 mètres de haut.

   Il y a 14 ans, je m’étais égaré dans une allée moins passante du bois, mais pas si loin que cela de la route, et j’y avais découvert de grandes et petites tentes de fortune, certaines édifiées avec des bâches, des cabanes, des abris précaires où vivaient des centaines de personnes.

   J’en avais parlé au maire de l’époque qui m’avait dit qu’en effet, dans le bois de Vincennes, qui appartient à la commune de Paris, vivaient environ 450 personnes, certaines depuis plusieurs décennies; des enfants y sont nés, certains sont scolarisés.

   Je me suis retrouvé à nouveau cette année par hasard à proximité de ces abris de fortunes éparpillés dans le bois de Vincennes et j’ai eu le sentiment qu’en 14 ans, la situation n’avait pas vraiment évolué. De nombreux « accidentés de la vie » préfèrent le froid de l’hiver et l’insécurité à la promiscuité et à l’insalubrité des foyers.

   Il faut imaginer leurs conditions de malvie : la recherche quotidienne d’eau potable, d’une prise pour recharger un téléphone, le risque de se faire voler ou agresser, la lutte contre les bourrasques de vent qui déchirent leurs tentes ou les font s’envoler.

   La majorité des « résidents » sont des hommes de plus de quarante ans, beaucoup d’étrangers venus d’Europe de l’Est et des pays subsahariens. Certains ont un emploi mais ne sont pas parvenus à trouver un logement à un prix abordable, d’autres font la manche ou chinent des objets qu’ils revendent.

   Il est probable que des  milliers d’habitants de la ville cossue de Vincennes ignorent l’existence de cette misère à deux pas de leurs maisons bien chauffées l’hiver et climatisées l’été.

   Il est probable aussi qu’il en soit de même pour les milliers de personnes qui viennent  rencontrer tous les deux ans des écrivains au festival America.

   Nous savons que nous vivons dans des mondes cloisonnés et il faut saluer le travail de nombreuses associations comme le Secours Catholique ou Emmaüs Solidarité dont les bénévoles vont à la rencontre de ces centaines de personnes en situation de grande exclusion – dans le bois de Vincennes ou ailleurs- et prennent le temps de les écouter, d’être présents à leurs côtés, de créer au fil du temps des relations de confiance et leur permettre de rompre leur isolement.

   Chaque semaine des infirmières du SAMU social passent dans le bois pour soigner les sans-abri malades ou blessés.

   Le collectif des associations pour le logement a déposé en février dernier deux recours contre l’État devant le tribunal administratif de Paris, pour non-respect du droit inconditionnel à un hébergement d’urgence et du droit au logement opposable (DALO). Car le droit au logement est un préalable à une vie digne.

   Mon 369ème  kaléidoscope vous a beaucoup inspirés: je vous laisse découvrir les mots étranges ou insolites que vous affectionnez, comme boustrophédon, calamistré, lansquenet, tintamarre… n’hésitez pas à en rajouter sur ce blogue.


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