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KALÉIDOSCOPES !

Fragments culturels paraissant chaque samedi matin

Kaléidoscope 369: Étymologie est-il mot joli!

   J’ai toujours éprouvé beaucoup de plaisir à me plonger dans les dictionnaires ( dont Roland Barthes disait que ce sont des machines à rêver) pour découvrir les différents sens, et l’étymologie de mots dont les sonorités m’enchantent, me font rêver ou me surprennent : pétaudière, jubilatoire, gabegie, chafouin, paréidolie, caboulot, immarcescible, coquelicot ( voir K51  ), kaléidoscope…

   Connaissez-vous le sens de fuligineux, un mot dont j’aime bien la sonorité quelque peu sinueuse et qui me fait penser à une certaine fluidité. Il n’évoque pourtant pas une réalité très engageante puisqu’il vient du latin fuligo qui signifie suie. Une teinte fuligineuse évoque donc la couleur de la suie, noirâtre en quelque sorte.

   On n’est pas surpris qu’Albert Camus écrive dans « La peste » que « sa bouche fuligineuse lui faisait mâcher les mots et il tournait vers le docteur des yeux globuleux. »

   Le mot freluquet est attesté dès 1609 affirme le dictionnaire culturel en langue française le Robert dirigé par l’indispensable sieur Alain Rey. Il signifie au départ jeune homme de mise soignée. Mais le mot prend rapidement un sens péjoratif : jeune homme frivole et prétentieux. Un godelureau en quelque sorte! un mot encore plus ancien que Rabelais utilise dès 1552.

Baguenauder: je ne sais pourquoi ce mot me vient à l’esprit en regardant notre chienne courir dans tous les sens. La consultation du dictionnaire m’apprend que le verbe signifie « s’amuser à des choses vaines et frivoles (comme les enfants qui font éclater des baguenaudes) avec un sens proche de celui de muser. »

Le deuxième sens se rapproche de l’activité de notre animal de compagnie, puisque baguenauder signifie aussi se promener en flânant, se balader.

   Baguenaude? Voilà un mot que je ne connaissais pas. Le dictionnaire m’apprend qu’il s’agit du fruit du baguenaudier, « petite gousse remplie d’air, qui éclate avec bruit lorsqu’on la presse… ». Colette parle du « baguenaudier tout tintinnabulant de cosses vésiculeuses ».

   Ce qui me fait penser au silène enflé, cette plante commune qui borde les sentiers et dont on peut s’amuser à faire éclater le calice.

   C’est maintenant à vous de jouer et de m’envoyer (ou encore mieux de poser en commentaire sur ce blogue pour que davantage de personnes en profitent) les mots qui vous plaisent.

                               Pas de kaléidoscope la semaine prochaine :
Je serai à Vincennes pour animer trois rencontres ( avec, entre autres, Ron Rash et Colum McCann dont je vous conseille vivement la lecture du dernier livre Ce qui nous frôle sous la surface) au festival America . « USA, état des lieux » c’est le thème choisi pour cette douzième édition au moment où les États-Unis commémorent le 250e anniversaire de leur indépendance.
  Les heureux habitants de Vincennes ( et d’ailleurs) pourront assister à quatre jours de rencontres et débats avec une cinquantaine d’auteurs: Joyce Carol Oates, Laura Kasischke, John Grisham… et un salon du livre avec dix librairies dont Lucioles !

   Tout le programme du 24 au 27 septembre est en ligne: festival-america.com .


Commentaires

7 réponses à « Kaléidoscope 369: Étymologie est-il mot joli! »

  1. Avatar de Christian D.
    Christian D.

    Ce qui est surprenant, c’est que nous restent en mémoire certains mots, parfois aussi rares que désuets.
    Il en est ainsi, en ce qui me concerne, du mot « boustrophédon » dont la sonorité et l’étrangeté me ravissent.
    Mais le terme « calamistré » s’est imposé à moi ce matin à la lecture du 369e K. Des cheveux calamistrés, ce sont des cheveux frisés ou bouclés. Le mot vient du latin « calamistrum », qui signifie « fer à friser » et qui est tiré d’un terme grec de même sens.
    Comme quoi, la coquetterie ne date pas d’aujourd’hui et si Homère ne nous a pas précisé que Vénus avait une belle chevelure calamistrée, c’est parce que Vulcain, jaloux, freinait des quatre fers (à friser).

    1. J’aime beaucoup aussi le boustrophédon, un mot qui me fait penserà des instruments à vent comme le tuba, l’hélicon et le soubassophone. En réalité le mot est composé de bous « boeuf »strophê « action de tourner »et désigne une écriture primitive utilisée en Asie mineure et par les Grecs, dont les lignes vont sans interruption de gauche à droite et de droite à gauche à la maniére des sillons d’un champ.

      1. Avatar de Christian D.
        Christian D.

        Puisqu’on en revient toujours aux Grecs, le mouvement sinueux du boustrophédon me fait penser à l’épisode où Ulysse, poussant devant lui une charrue à laquelle sont attelés un bœuf et un âne, simule la folie en labourant la mer. Une ruse éventée par Palamède, et qui provoqua vingt années d’errance…

  2. Avatar de Joëlle ROBIN
    Joëlle ROBIN

    Oh quel beau hasard ! Je viens de nommer cette odeur, et cette teinte, fuligineuse donc, qui imprègne notre maison depuis l’incendie dans la cuisine. Cela me les rendrait presque sympathique…
    Et, comme ça, sans réfléchir, il me vient un poème de mon enfance constellé de mots que j’adorais prononcer (toujours d’ailleurs, mais maintenant ils ont un sens… est-ce vraiment utile ?) :

    « Automne » de Émile Verhaeren.

    Matins frileux
    Le temps se vêt de brume ;
    Le vent retrousse au cou des pigeons bleus
    Les plumes.
    La poule appelle
    Le pépiant fretin de ses poussins
    Sous l’aile.
    Panache au clair et glaive nu
    Les lansquenets des girouettes
    Pirouettent.
    L’air est rugueux et cru ;
    Un chat près du foyer se pelotonne ;
    Et tout à coup, du coin du bois résonne,
    Monotone et discord,
    L’appel tintamarrant des cors
    D’automne.

    1. Avatar de Joëlle ROBIN
      Joëlle ROBIN

      Désolée…mettre un « s » à sympathique »…
      Que pirouettent les lansquenents des girouettes !
      Et que, l’automne arrivant, tintamarre, monotone et discord, l’appel des cors !!!

  3. Avatar de Giuliani Eugenio
    Giuliani Eugenio

    Je suis certain qu’Annie-Claude Sauton apprécierait moyennement le mot Fuligineux ces derniers jours puisque l’immeuble qu’elle habite dans la rue Marchande a été victime d’un début d’incendie dont il aura sans aucun doute résulté des couleurs fuligineuses !
    Le mot « Glauque » a aujourd’hui une connotation péjorative alors qu’à l’origine, la couleur qu’il décrit n’a rien de repoussant. Mais plus que les mots qui m’ont amusés par les images qu’ils pourraient évoquer, c’est ceux qui sont utilisés de manière abusive dans le langage commun qui m’agacent un peu comme « Résilience » mot valise qu’on a simplifié à l’extrême, sans parler des « En fait » et des « Du coup » que je ne supporte plus tant il sont répétés à longueur de journée jusque dans les médias. Le choix d’un mot reste un acte important pour la compréhension mais il doit aussi, comme en poésie surprendre par sa sonorité ou l’image qu’il évoque à travers l’imagination. En cela, j’aime assez cette définition de la poésie :  » La poésie, c’est quand un mot en rencontre un autre pour la première fois ».
    Je me suis un peu écarté du sujet et je m’en excuse auprès de toi, Michel. 🙂

    1. Avatar de Joëlle ROBIN
      Joëlle ROBIN

      Quelle belle définition de la poésie ! Je vous l’emprunte … pour la partager.

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