Nous avions souvent entendu parler du « Musée international des Arts Modestes » à Sète, plus communément et plus drôlement appelé MIAM et nous avons eu la chance d’y découvrir sa toute nouvelle exposition consacrée à un artiste qui nous était inconnu.
Adrien Fregosi, né à Échirolles en 1980, a grandi à Meylan et commence, dans les années 2000, sa carrière artistique à Grenoble par des graffitis réalisés sous le pseudonyme de PUZL. Dès ses débuts Adrien Fregosi « s’intéresse aux créations marginales et aux territoires périphériques de l’art. » Fortement influencé par la culture de la rue, les milieux artistiques alternatifs et underground et l’univers de la bande dessinée, il a toujours créé avec « Les Moyens du bord » qui donne son titre à cette émouvante exposition de Sète visible jusqu’au 9 mars 2027 (et qui est aussi le nom du fanzine qu’il a créé).
C’est en 2013 que le cancer va s’attaquer à Adrien Fregosi qui s’installe à Sète pour y peindre inlassablement jusqu’à sa mort en 2024.
L’exposition se déploie sur tous les hauts murs du bel espace du MIAM, installé sur les quais. Les deux commissaires de l’expo Margaux Bonopera et Marine Lang ( qui a été la compagne de l’artiste pendant douze ans et la mère d’Alma, leur fille née en 2015) « ont décidé de s’aventurer dans la poésie d’Adrien Fregosi afin d’y puiser les sujets et les interrogations nécessaires à l’écriture du parcours de l’exposition et de le structurer autour d’émotions et de sentiments variés (…). Ses propres mots sont utilisés en citations afin de constituer huit chapitres. Les trois derniers, « Semelles de pierre. J’ai toujours été un enfant immonde », « Nous sommes faits de porcelaine », « Les abîmes » sont les plus émouvants: ils nous parlent de solitude et d’isolement, d’amour et de paternité, de fragilité et de souffrance et du caractère contestataire de l’artiste.
L’œuvre d’Adrien Fregosi est à la fois singulière et poétique, émouvante et teintée d’humour. Le sentiment tragique de l’existence y est de plus en plus présent au fil des dernières années marquées par la maladie. La vie de l’artiste, ses joies, ses peines et ses combats alimentent une œuvre souvent lumineuse où le personnage de Sisyphe ne se contente pas de pousser son rocher! On est frappé par l’intensité lumineuse des aplats de couleurs vives et de ses personnages qui semblent défier la gravité.
Vingt artistes ont été conviés à participer à l’exposition parmi lesquels Robert Crumb ou Roland Topor et des créateurs dont Adrien Fregosi se sentait proche.
Les deux commissaires sont aussi à l’origine d’une autre exposition au titre insolite Dès Potron-Minet qui commence cette semaine à Grenoble, au Magasin-CNAC jusqu’au 3 janvier 2027 : une installation dans laquelle les visiteurs déambulent à travers différents moments d’une journée. Une manière de découvrir une autre facette de l’œuvre d’un artiste pour qui peindre, dessiner, sculpter… en un mot créer, était une nécessité absolue. On espère qu’un éditeur va s’intéresser à cette œuvre à la fois sombre et lumineuse pour permettre à un plus large public de la découvrir.
Et pour terminer, une chanson du chanteur jamaïcain de reggae Wayne Smith -lui aussi trop tôt disparu- mise en exergue d’une des œuvres les plus émouvantes de l’exposition représentant une petite fille qui pleure, flottant dans les airs ( intitulée, je crois « Life is a moment in space » et peinte en 2021):
La vie n’est qu’un instant
dans l’espace
Quand ton rêve s’est envolé
C’est un endroit bien plus solitaire .
Et un poème d’Adrien Fregosi semble lui répondre:
Il fait nuit tout le temps.
J’attends ton sourire.
Ton phare pour guider ce triste navire.
Qu’il se brise en mille morceaux contre toi.
J’avais consacré il y a un peu plus d’une année mon 312ème envoi ( à retrouver sur ce blogue ) au recueil de poèmes d’Hélène Dorion intitulé « Mes forêts » encore au programme du bac. Le book club, L’excellente émission de France Culture lui a consacré ce jeudi 14 mai son émission à retrouver sur le site de la radio.
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