Qui va nous nourrir ? La question que pose Amélie Poinssot en titre de son dernier livre paru chez Actes Sud est proprement existentielle et les réponses apportées au fil des pages ne sont guère rassurantes. Le sous-titre Au cœur de l’urgence écologique, le renouveau paysan précise l’éclairage apporté par la journaliste à Mediapart.

     Elle nous rappelle qu’il y a cent ans, il y avait en France 4 millions de fermes et qu’aujourd’hui il en reste moins de 400 000. Et le mouvement continue puisque d’ici à 2030, la moitié des  agricultrices et agriculteurs sera partie à la retraite… sans savoir si leur ferme sera transmise. La tendance actuelle étant que lorsqu’un paysan part à la retraite ses terres vont agrandir l’exploitation, déjà très grande de ses voisins. Et à l’échelle européenne la PAC ( politique agricole commune) abonde dans ce sens: plus on est gros, plus on touche. Les fermes de plus de 200 hectares représentent un quart des exploitations françaises (elles n’étaient que 2% il y a cinquante ans), sans employer plus de monde.
   Ce mouvement semble inexorable mais Amélie Poinssot a enquêté pendant deux ans du nord au sud de la France pour rencontrer des femmes et des hommes qui ne se résignent pas à ce qu’ils considèrent comme une dérive mortifère. Venus de tous les  horizons, ils ont une conscience aiguë des bouleversements écologiques à l’œuvre sur l’ensemble de la planète, ils désirent produire autrement, donner un sens à leur travail de la terre, retrouver et développer de nouvelles solidarités pour se projeter dans un futur désirable. Ils vivent leur retour à la terre -recours à la terre- comme un engagement sur le temps long, s’opposant à la vision productiviste à court terme qui est en train d’épuiser les sols de la planète et de faire l’impasse sur le monde vivant.

   Le livre fourmille d’exemples, d’expériences diverses, de travaux peu connus qui redonnent de l’espoir comme cette étude menée par une équipe de sociologues qui a suivi le travail de viticulteurs en Gironde et a constaté que ceux qui se convertissaient au bio avaient un meilleur équilibre personnel en étant fiers de ne plus être dépendants des produits chimiques, fiers de préserver la nature et de contribuer à rétablir des équilibres… même s’il faut pour cela ne pas ménager sa peine et beaucoup travailler.

   Le livre d’Amélie Poinssot pose évidemment l’épineux problème du foncier et de la difficile transmission de la terre, souligne le rôle crucial de la formation et le poids délétère de la financiarisation à laquelle le monde rural n’échappe pas.

Amélie Poinssot pose dans ce livre des questions essentielles comme celle-ci : « Et si les instances agricoles décisionnaires se mobilisaient pour aller dans le sens de cette évolution des pratiques ? Retenir comme critères d’installation, plutôt que la capacité financière, la capacité à préserver les sols et toute la biodiversité qu’ils abritent ? » 

   Le renouveau paysan est à ce prix et l’autrice appelle de ses vœux, à l’issue de ce remarquable travail d’enquête, un sursaut sociétal, et peut-être même une existentielle révolution culturelle et culturale. 

   Amélie Poinssot viendra présenter son livre-enquête à Vienne à l’invitation du groupe Attac Vienne Pays rhodanien le jeudi 13 juin à 19h à la librairie Lucioles.

N’hésitez pas à relayer l’information et à participer à cette rencontre et à une réflexion essentielle à notre avenir.

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