Il y a près de trois années ( voir K225 à retrouver sur ce blogue ), je vous avais parlé du deuxième film de Maryam Touzani , Le bleu du caftan.
Le film se déroulait dans la médina de Salé, une petite ville de la côte marocaine où Halim et Mina sont mariés et tiennent une échoppe où ils confectionnent et brodent des caftans, ces longues tuniques portées par les Marocaines.
Mila est au courant de l’homosexualité que son mari doit cacher. L’arrivée de Youssef, un jeune et bel apprenti, désireux de s’initier à l’art de la confection des caftans, va bouleverser le quotidien du couple.
Le film, bouleversant et pudique, n’est jamais mièvre et les scènes de complicité entre Mina et son mari sont très belles. Il a le courage d’aborder à la fois l’impossibilité pour Halim de vivre au grand jour son homosexualité mais aussi l’invisibilité des femmes dans l’espace public.
Le nouveau film de Maryam Touzani, sorti cette semaine se passe lui aussi au Maroc mais dans la ville où elle a vécu une partie de sa jeunesse, Tanger: María Ángeles vit seule dans son grand appartement de la rue Malaga où l’on découvre une importante communauté espagnole, les descendants de ceux qui ont fui la dictature de Franco dans les années 30. À 79 ans, elle vit seule après la mort de son mari qui était régisseur au célèbre théâtre Cervantes. Sa fille Clara arrive de Madrid où il vit avec ses enfants et son mari. Maria Angeles se réjouit de la revoir après de nombreuses années d’absence. Mais Clara, qui est partie de Tanger à 17 ans, annonce de but en blanc à sa mère qu’elle a des difficultés financières et veut vendre son appartement. La vieille dame qui a toujours vécu dans ce quartier qu’elle aime et où elle connaît tout le monde s’insurge contre l’ingratitude de sa fille, mais fait cependant mine d’accepter d’aller en maison de retraite… avant de rejoindre à l’insu de sa fille son appartement, vidé de tous ses meubles et de tous les objets de sa vie, vendus à un antiquaire peu scrupuleux.
Rue Málaga est un film attachant et drôle, et la grande Carmen Maura, actrice fétiche d’Almodovar, présente dans six de ses films, incarne puissamment cette femme déterminée et résistante. Il y a des scènes d’une grande drôlerie, comme celle où elle cloue le bec d’une coiffeuse de l’hospice qui tient absolument à lui couper les cheveux. María se confie régulièrement à son amie Josefa, une religieuse qui a fait vœu de silence. Vous n’oublierez pas la séquence où elle raconte crûment sa première nuit d’amour avec le vieil homme qu’elle a rencontré. Maryam Touzani montre d’ailleurs avec beaucoup de délicatesse les corps nus de ces vieux amoureux.
Le film est un bel hommage à la mère de la réalisatrice morte en 2023… dans la rue Málaga.
La vision de Rue Málaga m’a fait penser à deux films mettant en scène des femmes libres et rebelles qui refusent le conformisme: «La vieille dame indigne » de René Allio et « Harold et Maude » de Hal Ashby.
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