Heureux habitants de Lyon et des environs – pour reprendre la formule quotidienne de Philippe Meyer sur les ondes matutinales de France Inter à la fin du siècle dernier- il vous reste deux petites semaines pour admirer l’exposition Étretat par-delà les falaises au méconnu Musée des Beaux-Arts de Lyon.
Le visiteur est accueilli dans l’exposition, après avoir traversé la cour fraîche et paisible du musée, par un mur d’images en trois dimensions qui nous fait pénétrer sur la plage d’Étretat, dans cette étroite vallée creusée dans la falaise, débouchant sur une plage de galets.
Le modeste village de pêcheurs d’Étretat a commencé à être connu des artistes et des écrivains au début du XIXe siècle et il va rapidement devenir un lieu à la mode, à tel point que Claude Monet et Victor Hugo se plaignent du trop grand nombre d’estivants! Que diraient-ils aujourd’hui au moment où ce village de mille habitants reçoit chaque année plus d’un million de visiteurs.
Au moment où les premiers artistes découvrent Étretat, la pêche est la principale activité et le sujet de nombreux tableaux mais la falaise et l’aiguille exercent leur pouvoir de fascination à l’image des peintures d’un réalisme saisissant de Schirmer envoûté par la matérialité de la roche sculptée par les flots.
Camille Corot excelle dans la description des paysages en demi-teinte des bords de mer comme dans ce « Moulin à vent à Étretat » ou ces « Chaumières sur le versant d’un coteau » où de modestes personnages semblent se fondre dans le paysage.
La série des « Vagues » de Gustave Courbet montre sa fascination pour la puissance des éléments et le défi que représente leur représentation.
Claude Monet, qui a passé son enfance au Havre, séjourne à Étretat dès les années 1860 alors qu’il n’a que 20 ans et y reviendra souvent, fasciné par ces falaises qu’il ne cesse de peindre à divers moments de la journée, principalement en hiver et en automne, essayant de capter les infinies variations de la lumière.
Parmi les cent-cinquante œuvres et documents présentés avec finesse j’ai été séduit par des tableaux et des artistes que je ne connaissais pas du tout comme Hugues Merle et sa « Jeune fille d’Étretat » campée face à l’aiguille, un ballot de linge ( qu’elle vient probablement de laver) tenu d’une main sur l’épaule; mais c’est la profonde mélancolie du visage qui nous touche. Ou ce petit tableau de Giovanni Boldini « Retour des bateaux de pêche, Étretat » , fourmillant de personnages massés au bord du bateau qui vient d’accoster: on ne sait ce qu’il faut admirer le plus: la beauté des gris du ciel d’orage, l’expressivité des dos des femmes en habits traditionnels, de ces messieurs en chapeaux ou de l’incroyable relief des milliers de galets de la plage. Cet arrêt sur image est saisissant. Saisissant également ce tableau de Gustave Caillebotte, beaucoup moins connu que ses « Raboteurs de parquet ». Son « Homme portant une blouse » mains croisées dans le dos, avançant sur un large chemin clair est saisissant de naturel, vêtu de cette blouse d’un bleu Indéfinissable.
J’aurais dû parler aussi des petits tableaux d’Eugène Boudin attentif aux gens de peu et aux scènes de la vie quotidienne comme dans ce tableau représentant les laveuses sur la plage.
Et s’il vous reste un peu de temps, profitez-en pour admirer quelques uns des chefs-d’œuvre du Musée Saint Pierre: Poussin, Vuillard, Bonnard, Gauguin, Véronèse, Cranach, Rembrandt, Zurbaran… et au détour d’une salle arrêtez-vous devant le sublime « Autoportrait au chat » de Foujita.
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