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KALÉIDOSCOPES !

Fragments culturels paraissant chaque samedi matin

Kaléidoscope 341: La collision de Paul Gasnier: Prix Goncourt des détenus.

    Le prix Goncourt des détenus a été décerné au siège du CNL ( Centre  National du Livre) ce mardi 16 décembre à Paul  Gasnier pour son premier récit La collision ( chez Gallimard ) par un jury de 600 détenus incarcérés dans 45 centres pénitentiaires. Sur le modèle du Prix Goncourt des Lycéens ils ont eu à choisir entre les quinze romans sélectionnés début septembre par les dix jurés du Prix Goncourt.

  Ce prix créé en 2022, décerné pour la quatrième fois, est porté par le CNL, les ministères de la culture et de la justice et épaulé par des associations telles que « Lire pour en sortir »; il ambitionne de rendre les personnes détenues actrices d’un prix littéraire, en valorisant leur capacité critique tout en leur faisant découvrir des œuvres littéraires nouvelles.

   L’an dernier, j’avais accompagné ce beau projet dans les prisons de Saint Quentin Fallavier et de la Talaudière ( près de Saint Étienne) pour rencontrer les groupes de détenus volontaires pour lire les livres sélectionnés. ( voir sur ce blogue K299 )

   Cette année, c’est à la prison de Corbas que je suis allé régulièrement depuis le mois de septembre. Ces moments de rencontres et d’échanges autour des livres ont été passionnants et riches dans leur diversité: certains détenus aimaient lire avant d’être incarcérés, mais, comme l’an dernier, certains détenus, avant cette aventure du Goncourt , n’avaient pratiquement jamais lu. Ce qui m’a particulièrement impressionné c’est la qualité des échanges, la capacité de ces personnes autour d’une table à écouter la parole des autres sans renoncer à défendre leur opinion. Des livres ont donné lieu à des débats passionnés entre ceux qui avaient adoré et ceux qui avaient détesté. Et le formidable livre de Laurent Mauvignier « La maison vide »-incontestable Prix Goncourt- a été une véritable révélation, malgré ses 750 pages, pour certains d’entre eux.

   À la fin de chaque rencontre, avant de rejoindre leurs cellules, les détenus nous remerciaient chaleureusement pour ce moment de liberté sans aucun jugement et d’échanges respectueux.

   Les rencontres, malheureusement en visio, avec les écrivains ont été pour eux des moments  importants et les auteurs étaient frappés de la franchise des questions.

   La délibération nationale, ce mardi 16 décembre, a réuni, sous la conduite de Laure Adler, dix détenus ( hélas seulement deux en chair et en os à Paris au siège du CNL et huit en « visio » ) de chacune des dix régions et c’est une détenue de la prison de Corbas qui a eu le privilège de défendre avec talent -au nom de la région Auvergne-Rhône Alpes- les livres choisis par les prisonniers de Valence, Bonneville, Grenoble-Varces, Riom et Lyon-Corbas.

   Qu’ils aient couronné le premier récit de Paul Gasnier n’est pas surprenant: En 2012, sa mère, prof de yoga, est percutée par un jeune garçon qui fait du rodéo à moto dans une rue de Lyon. Dix ans plus tard, Paul Gasnier écrit le récit de cette collision entre deux mondes: « Une histoire française du début du XXIe siècle, où deux destins parallèles voués à s’ignorer se sont percutés, dans un pays éclaté et malade. » « La collision » est un livre profondément humain dans lequel Paul Gasnier ne veut, à aucun prix, que la mort de sa mère soit récupérée par les discours haineux et simplificateurs de l’extrême-droite: il ne cherche pas à juger mais à comprendre.


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