Je m’étais bien promis de ne pas revenir cette année sur la persistance des inégalités dans le monde… Le moteur de recherche de mon blogue recense 32 occurrences de ce mot et le titre de mes deux dernières chroniques ( K329 En marche vers la justice fiscale? et K306 Vers la fin de l’immunité fiscale des milliardaires? à retrouver sur ce blogue ) faisaient preuve d’un optimisme que vient quelque peu doucher la publication du Rapport sur les inégalités mondiales 2026: réalisé tous les quatre ans à partir des données collectées par 200 chercheurs il montre encore une hausse des inégalités. Deux des économistes coordinateurs de l’étude, Lucas Chancel et Thomas Piketty, ont accordé un long entretien ce mercredi 10 décembre au quotidien Libération dont voici quelques passages importants : « En France, ce qui est marquant, c’est que les 50 % du bas passent de 10 % du patrimoine total dans les années 80 à moins de 5 % aujourd’hui! (…) C’est bien de taxer plus les riches, mais il faut taxer moins les plus pauvres. Il faudrait que la taxe foncière soit basée sur le patrimoine net d’emprunt, en tenant compte des emprunts et des portefeuilles financiers. »
Lucas Chancel et Thomas Piketty rappellent qu’une part croissante des Français est favorable à un meilleur partage des richesses. 85 % soutiennent la taxe Zucman. Jean Pisani-Ferry, jadis favorable à la suppression de l’ISF, responsable du programme économique d’Emmanuel Macron en 2017 « soutient cet impôt minimal » et en même temps le rejet de cette taxe par le RN prouve son alliance avec le grand patronat … en totale contradiction avec son soutien des petites classes moyennes.
Au niveau mondial les défis sont tout simplement vitaux, au sens fort du terme: « La pression, la demande de justice sociale, économique, environnementale, climatique, venant notamment des pays du Sud, va finir par avoir un poids déterminant. (…) On décrit dans le rapport que les enfants en Afrique subsaharienne ont une dépense d’éducation 40 fois plus faible que celle des enfants du Nord, alors même que le continent va passer d’un à trois milliards d’habitants dans le siècle qui vient et va subir de plein fouet le réchauffement. Cette situation n’est clairement pas tenable. À la fin, sous la pression, les pays européens développeront des coalitions avec le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde… Et imagineront des solutions de développement plus équitables. Mieux vaut s’y atteler sans attendre les crises et la catastrophe à venir. »
Le rapport souligne aussi les déséquilibres importants entre les revenus des hommes et ceux des femmes: « Les femmes travaillent plus que les hommes et gagnent moins qu’eux. En prenant en compte les tâches ménagères et les soins aux personnes dans la sphère privée, elles travaillent 53 heures par semaine contre 43 heures en moyenne à l’échelle mondiale. Le déséquilibre apparaît dans toutes les régions. » Plus scandaleux encore, si le salaire que les femmes touchent pour leur travail rémunéré ne dépasse pas 61% du salaire horaire des hommes, quand le travail non rémunéré est également inclus dans le calcul, elles n’en gagnent plus que 32 %! »
Voici pour terminer la conclusion de ce rapport important illustré par de nombreux graphiques très éclairants: le lien ci-dessous vous donne accès à ses essentielles 23 pages.
« Les inégalités sont un choix politique. Elles sont le résultat de nos politiques publiques, de nos institutions et de nos structures de gouvernance. Les coûts de la montée des inégalités sont évidents : creusement des clivages sociaux et économiques, fragilité des démocraties et crise climatique qui touche le plus durement celles et ceux qui en sont le moins responsables.
Mais les possibilités de réforme sont tout aussi évidentes. Lorsque la redistribution est forte, que la fiscalité est équitable, et que les investissements sociaux sont prioritaires, les inégalités se réduisent.
Les outils existent. Mais le véritable enjeu est celui de la volonté politique. Les choix que nous ferons dans les années à venir détermineront si l’économie mondiale continuera sur la voie d’une concentration extrême ou s’orientera vers une prospérité partagée. »
Un monde qui continue à creuser les inégalités court à sa perte.
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