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KALÉIDOSCOPES !

Fragments culturels paraissant chaque samedi matin

Kaléidoscope 225: Le Bleu du caftan de Maryam Touzani.

 Vous avez été nombreux, il y a quelques semaines, à avoir aimé « Le retour des hirondelles », un film chinois à qui j’avais consacré ma 222ème chronique ( à retrouver sur ce blogue).

  J’espère que vous apprécierez aussi le film que je vous conseille cette semaine et qui semble ne rien avoir en commun avec lui. Et pourtant…
  Halim et Mina sont mariés et tiennent, dans la médina de Salé, petite ville de la côte marocaine, une échoppe où ils confectionnent et brodent des caftans, ces longues tuniques portées par les Marocaines.
  Mila est au courant de l’homosexualité que son mari doit cacher. L’arrivée de Youssef, un jeune et bel apprenti, désireux de s’initier à l’art de la confection des caftans, va bouleverser le quotidien du couple, déjà marqué par la récidive du cancer de Mina.

« Le Bleu du caftan » est le deuxième film de Maryam Touzani, qu’on a découverte comme actrice dans « Razzia », film écrit à quatre mains avec son mari, le réalisateur Nabil Ayouch.

   Dès les premiers plans du film, on est frappé par la subtilité avec laquelle la cinéaste regarde ses trois personnages, leurs gestes gracieux  et précis, leur patience pour broder ces fils d’or. Il y a une véritable osmose avec la délicatesse du regard de Maryam Touzani, la précision des plans rapprochés, l’intensité des clairs-obscurs.

   « Le Bleu du caftan » est une ode à la compréhension de l’humanité et à la complexité des rapports humains. Le portrait que Maryam Touzani fait d’Halim le montre bien : « c’est un homme qui se protège du monde à travers ce travail qui le passionne, il panse ses blessures en faisant ses broderies, comme s’il recousait ses propres plaies intérieures. »

   Le film est bouleversant et pudique mais jamais mièvre et les scènes de complicité entre Mina et son mari sont très belles. Il a le courage d’aborder à la fois l’impossibilité pour Halim de vivre au grand jour son homosexualité mais aussi l’invisibilité des femmes dans l’espace public. La scène du café où Mina fume le narguilé, à visage découvert, au milieu des hommes, est particulièrement transgressive .

   Le regard pudique de la cinéaste -comme celui du « Retour des hirondelles »- est profondément humain, attentif aux gestes de ses personnages modestes. Deux histoires d’amour, deux destins marqués  par la mort et la disparition d’un mode de vie.

    Avec Cinéclap, nous sommes heureux de programmer à Vienne, au cinéma l’Amphi ce très beau film -présenté à Cannes dans la section Un certain Regard et qui a représenté le Maroc aux Oscars- jusqu’au mardi 4 avril… et une semaine de plus si vous êtes nombreux à le voir ?


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