« Champ de glace éternelle formé par l’accumulation d’épaisses couches de neige que la pression due à leur propre poids transforme en glace. »
La définition du Robert ne sera pas éternelle et le mot glacier risque de disparaître des éditions du prochain siècle.
274 531 glaciers sont aujourd’hui recensés dans le monde, des Alpes à l’Antarctique, des Andes à l’Alaska ( beaucoup de A mais pas d’O!). Ils recouvrent encore aujourd’hui 16 millions de km2, 32 fois la surface de la France.
Le plus grand inlandsis (immense glacier de plus de 50 000 km2 recouvrant un continent) est celui de l’Antarctique qui fait à lui seul plus de 13 500 000 km2, avec parfois 4700 mètres, c’est aussi le plus épais.
Au moment où nos regards sont tournés vers les forêts qui brûlent de façon violente et spectaculaire, la disparition à bas bruit des glaciers passe inaperçue. Leur vitesse de fonte est pourtant hallucinante: au rythme de trois piscines olympiques chaque seconde. Depuis l’an 2000 ils ont perdu 5 % de leur volume.
Les glaciers représentent 60 à 70 % des eaux douces de la planète et la moitié de l’humanité dépend directement de l’eau de ces fragiles piliers de la biodiversité … et la plupart auront disparu en 2050, autant dire demain.
Pire encore, le glacier de La Grande Motte, dans les Alpes, dont nous avons pu admirer la beauté cet été au cours de belles balades en Vanoise, pourrait avoir complètement disparu dans 10 ans.
Entre 1855 et 2025, la célèbre Mer de Glace à Chamonix a perdu 300 m en épaisseur et 3 km en longueur: elle sera probablement devenue une « Mer Morte » à la fin du siècle.
Et dans moins de quinze années … les neiges du Kilimandjaro ne seront plus qu’une chanson de Pascal Danel !
À l’échelle de la planète ce sont 273 milliards de tonnes qui disparaissent chaque année…
Mais abandonnons ces chiffres déprimants au profit des lettres du poète Bruno Doucey que son éditrice Ariane Lefauconnier nous présente ainsi: « Au catastrophisme, Bruno Doucey oppose la force mobilisatrice du poème. D’un texte à l’autre, il nous invite à écrire, peindre, danser sur la glace, à déchiffrer la langue des glaciers, écouter l’ours, le pétrel et le renard… Portés par le travail de « typoglace » de l’artiste Esther Szac, les signes se font tour à tour flocons ou banquises de mots pour transformer l’espace enneigé de la page. Un livre polaire pour ne pas laisser la beauté du monde fondre entre nos mains. »
Bruno Doucey nous invite à préserver ces sentinelles du climat que sont les glaciers avant qu’il ne soit trop tard.
De beaux calligrammes parsèment ce recueil intitulé tout simplement Glaciers.
Des aphorismes y côtoient des poèmes parfois proches du haïku:
Le froid
ne se tient pas à distance
de l’effondrement
.
« De grands blocs de silence
parlent entre eux
au bord du monde
/
nul ne sait
ce qu’ils se disent
/
tant la langue
du froid
retient leur souffle
/
un jour peut-être
quelqu’un viendra
pour traduire
/
le crissement
de la glace
contre les parois »
Bruno Doucey nous raconte aussi en poésie de petites histoires, pas forcément drôles mais pas tristes non plus, que je vous laisse découvrir et qui montrent que « toujours glacier rend ce qu’il prend. »
Au centre de ce beau livre, le petit « Carnet d’une glaciologue » se présente comme un contrepoint à mi-chemin entre le journal d’expédition et une rêverie poétique.
Et n’oublions pas que Bruno Doucey est depuis plus de trente ans un infatigable découvreur de la poésie d’aujourd’hui à l’image de celle d’Hélène Dorion ( voir K312 Mes forêts )
Laisser un commentaire