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KALÉIDOSCOPES !

Fragments culturels paraissant chaque samedi matin

Kaléidoscope 353: Printemps des Poètes. Liberté. Éluard et Cadou.

  La 26ème édition du Printemps des Poètes va bientôt fermer ses portes. On dénombre chaque année pendant ce mois de mars jusqu’à 12 000 manifestations poétiques, principalement en France et au Québec. La preuve de la vitalité grandissante de la poésie qui a trouvé une nouvelle jeunesse … en particulier auprès de la jeunesse sur les réseaux sociaux.

   L’événement, créé en 1999 par le ministère de la culture et organisé par le Centre de la Poésie, propose un thème nouveau à chaque édition. Au fil des années Le Printemps des Poètes a célébré l’espoir, l’éloge de l’autre, les enfances, l’insurrection, l’ardeur, la beauté, l’éphémère, la grâce… Volcanique était le thème de l’an dernier . Cette année c’est « Liberté, force vive déployée ».

   Ce premier mot déployé au fronton de toutes les mairies de notre pays résonne dans des pays qui en sont privés avec une force et une intensité particulières. On sait que la poésie représente une forme de résistance à l’oppression et le grand écrivain ukrainien Andreï Kourkov nous dit que « dans ces moments de détresse, la poésie c’est ce qu’il y a de plus important. C’est un message émotionnel. »

   On connaît aussi l’importance vitale, dans leur combat pour la liberté, pour les Palestiniens de la poésie de Mahmoud Darwich souvent célébrée ici : K34, 235, 248, 327 et 336 à retrouver sur ce blogue  .

   On pense évidemment au poème de Paul Éluard Liberté écrit en pleine guerre en 1942, un hymne à la vie qui se termine par ces mots :

                  Et par le pouvoir d’un mot 

                 Je recommence ma vie 

                 Je suis né pour te connaître 

                 Pour te nommer 

                 Liberté 

   Il entre en résonance avec un poème, lui aussi épris de liberté, écrit un an plus tôt… et qui me bouleverse à chaque lecture:

René-Guy Cadou a 21 ans -il lui reste dix ans à vivre- ce 22 octobre 1941, lorsqu’il croise, à bicyclette, entre Saint-Aubin et Châteaubriant, le camion des otages que les soldats allemands vont fusiller après que le commandant allemand de la place de Nantes ait été abattu. Parmi ces 27 hommes, il y a Guy Môquet, un jeune homme de 17 ans, résistant et militant du Parti communiste: on se souvient de sa lettre écrite le jour même de sa mort à ses parents et qui se termine par ces mots: « Certes, j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. »

Les fusillés de Châteaubriant 

Ils sont appuyés contre le ciel,

Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel,

Avec toute la vie derrière eux

Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule

Qui est un monument d’amour 

Ils n’ont pas de recommandation à se faire

Parce qu’ils ne se quitterons jamais plus

L’un deux pense à un petit village

Où il allait à l’école

Un autre est assis à sa table

Et ses amis tiennent ses mains

Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent 

Ils sont bien au-dessus de ces hommes

Qui les regardent mourir

Il y a entre eux la différence du martyre

Parce que le vent est passé là ils chantent 

Et leur seul regret est que ceux

Qui vont les tuer n’entendent pas

Le bruit énorme des paroles

Ils sont exacts au rendez-vous

Ils sont même en avance sur les autres

Pourtant ils disent qu’ils ne sont pas des apôtres

Et que tout est simple

Et que la mort surtout est une chose simple

Puisque toute liberté se survit.

   Pour René-Guy Cadou  » La poésie n’est rien que ce grand élan 

                                             qui nous transporte vers les choses usuelles

                                             usuelles comme le ciel qui nous déborde. »

   Et pour le grand poète grec Odysséas Elytis, l’ami de René Char et d’Albert Camus, Prix Nobel de littérature en 1979: « La poésie existe pour que la mort n’ait pas le dernier mot. »






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