Il y a quelques mois, je consacrais une partie de mon 312ème envoi au beau recueil de poèmes d’Hélène Dorion intitulé « Mes forêts ».
C’est un titre qu’aurait aussi pu choisir Vincent Munier -dont on se souvient du succès de « La panthère des neiges » il y a quatre ans- pour le très beau film qu’il vient de réaliser…
Si vous n’avez pas encore vu Le chant des forêts, allez-y les yeux fermés! Enfin, ouvrez-les quand même de temps en temps! Mais c’est aussi un film qui s’écoute, qui chante, qui crie, qui vibre de tous les bruits et de tous les silences des chères forêts des Vosges de l’enfance du réalisateur. Ce film est un hommage poétique et contemplatif aux forêts des Vosges, là où Michel, le père de Vincent lui a appris à regarder, des jours entiers la vie, souvent silencieuse, de la forêt… et là où Simon, le fils de Vincent, découvre à son tour l’affût en forêt, véritable quête spirituelle. Mais la transmission ne s’arrête pas là puisque c’est à nous, spectateurs, que le film transmet l’extraordinaire beauté poétique des choses simples: un fil d’araignée qui traverse l’écran, le souffle vaporeux d’un troglodyte, la trace dans l’eau d’une biche et de son faon lentement accompagnés par un cerf. Je ne suis pas prêt d’oublier le surgissement du creux d’un arbre du regard ahuri de deux chouettes, la fascinante apparition d’un lynx surgi de l’ombre. Vincent Munier nous invite en permanence à écarquiller les yeux pour surprendre les apparitions furtives et parfois floues d’un animal sauvage, le surgissement d’une vie cachée. On attend, avant de le voir, le cri cassant du grand tétras, l’oiseau emblématique des Vosges où le changement climatique va le faire disparaître à jamais. C’est en Norvège que le trio émerveillé le découvre à la fin du film. Émerveillement, le mot est lâché, à l’image de cette cabane au milieu des bois et de sa fenêtre qui luit dans la nuit, comme dans les contes de notre enfance.
Pour bien finir l’année… ou bien la commencer… allez voir ce film nimbé d’ombre et de lumière, un film qui revendique un militantisme en douceur : « je n’ai jamais vraiment quitté ces forêts, mes expéditions n’étaient que des parenthèses limitées dans le temps. C’est ici que j’ai tout appris de la technique de l’affût, ici que s’est écrit une histoire de famille et de transmission très forte, dont témoigne Le chant des forêts. Il ne s’agit donc pas d’un retour aux sources, mais plutôt d’une envie de transmettre tout ce que mon père, qui considérait les forêts, les oiseaux et le vent comme un trésor, m’a enseigné. »
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